Didier Tout-Puissant (fr/en)

Déjà comme joueur, la Dèche était taxé d’autoritarisme. Éric Cantona lui reproche toujours aujourd’hui de l’avoir écarté de L’Euro 96. Même son de cloche du côté de Ginola qui déclarait en 2018 : « Je n’ai pas fait la Coupe du monde 98 à cause de lui. C’est quelqu’un qui, pour moi, m’a empêché de réaliser mon rêve. »

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Devenu entraineur, Didier a continué à semer la discorde partout où son autorité fut contestée. A la Juventus de Turin, en 2007, alors qu’il venait pourtant tout juste de faire remonter le club en série A, il claque la porte de la Vieille Dame suite à un gros différent avec le directeur sportif de l’époque qui, expliquera Deschamps, « voulait se mêler de certaines choses » ; Puis à Marseille, en 2009, même embrouille avec José Anigo, qui ne se gênera pas pour critiquer publiquement « Deschamps qui voulait les clefs du club ».

En 2012, Didier prend la tête de la sélection et profite du grand ménage opéré par son prédécesseur Laurent Blanc, après la catastrophe de Knysa, pour prendre les pleins pouvoirs.

Les joueurs se sont soumis, contraints et forcés, après les tumultes du mondial sud-africain, car ils ont compris que plus rien ne leur serait pardonné. Première victime de cette nouvelle politique, l’attaquant du Real Madrid, Karim Benzema, meilleur joueur français en activité, banni de la sélection pour une affaire (la sextape de Valbuena) pour laquelle il n’a pourtant jamais été jugé coupable par la justice. Suivra ensuite Adrien Rabiot, qui ne voulant pas jouer le rôle secondaire que lui réservait Didier, fut lui aussi ostracisé pour quelques temps.

La méthode Deschamps est claire et brutale : le collectif prime sur les hommes ; il écartera sur le champ tout potentiel perturbateur qui mettrait en péril sa quête.

Deschamps ne sera finalement que très mollement contesté car l’homme fort des Bleus gagne. A défaut de proposer un style de jeu chatoyant, il transforme petit à petit l’équipe de France, en une redoutable machine de guerre à la tête de laquelle, il s’est auto-proclamé commandant en chef. Il va pousser sa logique à son paroxysme en montant un groupe entièrement composé de soldats dociles à sa solde (LLoris, Varane, Griezmann, Sissoko, Pavard, Giroud, Kanté…) avec laquelle il atteindra la finale de L’Euro en 2016 puis remportera le Mondial en 2018.

Force est de constater que le système autocratique de Deschamps a fonctionné. Dans d’autres domaines que le football, on peut en observer les résultats. Prenez dernièrement la gestion de la pandémie du covid par la Chine (pays autocratique), saluée dans le monde entier.

Mais pour qu’une autocratie soit durablement efficace, son leader doit être fort et inébranlable. Malheureusement pour le sélectionneur français, cet Euro le présente clairement amoindri.

Premier signe de sa déchéance, la réintégration inattendue de Karim Benzema à un mois seulement du début de la compétition. Décision tardive qui ne ressemble pas au boss qui, d’habitude, est maître de son agenda. Deuxième signe, qui découle du premier, les sorties médiatiques que Giroud et Mbappé se sont permises à quelques jours du début de L’Euro. L’attaquant de Chelsea y dénonça le manque d’altruisme du Parisien – qui résonne davantage comme un cri d’une gestion injuste du vestiaire -, qui n’a pu s’empêcher de le reprendre dans la foulée ; tout semble imploser mais beaucoup tentent de dédramatiser, ils ont foi en Didier leur berger.

Du côté sportif, le match nul contre la Hongrie fut également une alerte balayée sous le tapis car la France, finalement, a terminé première du groupe de la mort. Les critiques sur la pauvreté du jeu de l’équipe ne tiennent toujours pas à cet instant face à l’implacable série de résultats positifs des Bleus qui s’en vont défier la Suisse en huitième, faible nation sur le papier qui ne les avait pas battus depuis 1992. La voie pour les quarts semblait dégagée.  

Mais ce huitième de finale, qui devait pourtant n’être qu’une formalité, a révélé ce que quelques observateurs soupçonnaient depuis quelques temps mais n’osaient dire : le boss semble fatigué et ne plus tenir fermement son groupe. Il s’adonne, chose nouvelle, à une mesquine répartition des pouvoirs dans le vestiaire, dont notamment la concession des coups francs à Mbappé, pour calmer ses incessantes réclames de plus de responsabilités.  

En expérimentant face à la Suisse un 3-4-3 sans queue ni tête, Didier Deschamps pour la première fois s’est présenté, face à son équipe et au monde, totalement perdu (des faux airs de Laurent Blanc et son 3-5-2 avec le PSG à l’Etihad Stadium contre Manchester City en 2016).

En analysant bien cette équipe de France, on ne trouve aucune trace de leader ni aucun grognard. Elle est à l’image de son capitaine LLoris, appliquée et discrète. Ce n’est ni Varane, surnommé à Madrid « milou » ; ni Pogba, certes un leader technique mais qui a réalisé ses meilleures saisons à la Juventus couvé par des tauliers tels que Bouffon, Chiellini et Pirlo ; ni Griezmann, que l’on a vu en très grande difficulté mentale du côté de Barcelone ; ou encore Mbappé, trop jeune et autocentré, qui a passé la première mi-temps du huitième de finale à jeter des regards désabusés vers le banc français attendant les consignes, desquels il faut espérer une prise de commandement ou même une initiative tactique quand Deschamps vient à faillir comme ce fut le cas face aux Suisses ; ils sombrent tous silencieusement avec le navire.

Malgré trente très bonnes minutes contre la Suisse en seconde mi-temps, où le talent des Bleus a pu laisser penser que nous nous trompions et que le boss à la pause les avait remis à l’endroit, l’équipe de France a flanché dans les dix dernières minutes (pourtant là où résidait la grande force de Didier, le mental !) et concéder deux buts.

La suite, tout le monde la connaît. Mais plus que le pénalty manqué de Kylian, ce qui interpelle et sa grande solitude après cet échec, prenant la direction du vestiaire la tête basse sans véritable soutien de ses coéquipiers, preuve de la présence de ressentiments à son encontre en interne.

Après cette triste élimination, d’autres conflits ont été révélés : Varane qui aurait insulté Pavard en plein match, la prise de bec entre Adrien Rabiot et Paul Pogba suite à la perte de balle de ce dernier sur l’égalisation suisse, et même en tribune, où Véronique Rabiot s’en est pris violemment au clan Pogba et Mbappé.

Didier Deschamps, par négligence, a créé et laissé enfler les tensions au sein du groupe et n’a donc pas su répondre à sa première mission : protéger le collectif ; Il s’est trahi lui-même, tentant d’acheter la paix du vestaire via de petits arrangements.

La critique d’autoritarisme peut également s’appliquer à deux autres sélectionneurs de cet Euro qui y ont connu l’échec. Tout d’abord Fernando Santos, sélectionneur du Portugal, qui après avoir offert le premier titre majeur au Portugal en 2016, a joui d’une aura victorieuse lui permettant d’imposer ses choix sans contestation alors que le niveau de jeu affiché par son équipe, compte tenu des nombreux talents à sa disposition, était plus qu’inquiétant. Ensuite Joachim Low, patron de la mannschaft, comme son homologue Deschamps, il a lui aussi voulu composé sans leader et ne s’entourer que de talents maléables avant de réaliser, trop tard, qu’il avait besoin de cette expérience et de ces forts caractères qu’il rappela, en la personne de Muller et Hummels, à la dernière minute.

Peut-être est-ce le poids du temps et de la fonction (dix ans à la tête des Bleus pour Didier) ; peut-être est-ce la difficulté de manager cette nouvelle génération ultra individualiste incarnée par Mbappé. En tout cas, pour la première fois de son histoire, celui qui fait une heure de gainage tous les matins se révèle fatigué. Il est peut-être temps pour le commandant en chef Deschamps ainsi que ses deux confrères européens, d’abandonner le pouvoir.


Almighty Didier

Already as a player, Didier Deschamps was accused of authoritarianism. Eric Cantona still criticizes him today for having excluded him from Euro ’96. Same issue with Ginola who declared in 2018, “I did not make it to the World Cup ’98 because of him—he is someone who prevented me from realizing my dream.” 

Having become a coach, Didier continued to sow discord wherever his authority was contested. At Juventus in 2007 he had just brought the club back to series A. Deschamps resigned from the club following a fight with the sports director, who over-powered his authority. Later in 2009 in Marseille he quarrelled with José Anigo who stated that “Deschamps wanted the keys to the club”.

In 2012, Deschamps takes the head of the selection and takes advantage of the big clean-up operated by his predecessor Laurent Blanc, (after the South African disaster and the player strike) to take full powers. The players submitted to Deschamps, they understood that no mistake would be forgiven. The first victim of this new policy was Real Madrid striker, Karim Benzema, perhaps the best French player in activity. He was banned from the French selection for the Valbuena sextape (he was never found guilty). Later, Adrien Rabiot was ostracized from the team because he refused to play backup. 

The Deschamps method is clear and brutal: the collective takes precedence over men, he will immediately rule out any disruptive potential that would jeopardize his mission. 

Deschamps will ultimately be very softly contested because the strong man of Les Bleus win. Failing to offer an ambitious offensive style, he gradually transformed the French team into a respected war machine at the head of which he proclaimed himself commander-in-chief. He will push his logic to the climax by setting up a group made up entirely docile soldiers (LLoris, Varane, Griezmann, Sissoko, Pavard, Giroud, Kanté…) with who he reached the final Euro in 2016 and won the World Cup in 2018. 
It is clear that Deschamps’ autocratic system worked. In areas other than football, we can see the results. For example, China’s handling of the covid pandemic hailed around the world. 

But for an autocracy to be lastingly effective, its leader must be strong and unwavering. Unfortunately for the French coach, this Euro presents him clearly diminished. 
The first sign of Deschamps forfeiture is the unexpected reinstatement of Karim Benzema just one month before the competition. A late decision that doesn’t sound like the boss who is usually in control of his agenda. Second sign followed from the media outings that Giroud and Mbappé didn’t get along before the start of the Euro. Giroud denounced the lack of altruism from Mbappé—which resonated more like a cry of unfair management in the locker room. Everything seemed to implode but many try to play down because they have faith in Didier their shepherd. 

Recently, the draw against Hungary was an alert swept under the carpet because France, finished first in its group. Critics on the poverty of the team’s game still did not stand at this moment in the series of positive results. France was going to challenge Switzerland, a weak nation on paper that have not beaten them since 1992, felt that the quarterfinals seemed clear. 

But this round of 16, which was yet to be a formality, revealed what some observers had suspected for some time but could not dare to say: Deschamps seems tired and no longer could hold his group together. He indulged in petty distribution of powers in the locker room, including the concession of free kicks to a Mbappé who incessantly begged for more responsibility. 

By experimenting against Switzerland a 3-4-3 formation without rhyme or reason, Deschamps for the first time presented himself facing his team and the world, totally lost (similar to Laurent Blanc and his 3-5-2 with PSG at the Etihad Stadium against Manchester City in 2016).

By carefully analyzing this French team, we do not find any trace of leaders or experienced players—instead they look like their captain LLoris who is diligent and discreet. 
Varane, depends on Ramos’ orders in Madrid; Pogba, who is certainly a technical leader but who achieved his best seasons at Juventus guided by captains such as Bouffon, Chiellini and Pirlo; Griezmann who we saw very great mental difficulty on the side of Barcelona; and ​​Mbappé, who is so egocentric and too young spent the first half of the round 16 looking toward the French bench to get a solution. Unfortunately no one can take the command or even a tactical initiative because Deschamps created a team of followers and not leaders. If Deschamps fails; they sink silently with the ship. 

Despite thirty very good minutes against Switzerland in the second half, where the talent of Les Bleus may have suggested that we were wrong and that the boss at half time had put them right, the France team has floundered in the last ten minutes and conceded two goals. 
The rest, everyone knows. More than the missed penalty of Kylian, was his behaviour after the shot. His head down walking in the direction of the locker room without any real support from his teammates. This was proof of the resentment against him from his teammates. 
After this sad elimination, other conflicts were revealed: Varane who insulted Pavard in the middle of the match; the spat between Adrien Rabiot and Pogba following the latter loss of ball on the Swiss equalizer; in the stands, Véronique Rabiot (mother of Adrien) violently attacked Pogba and Mbappé’s family.

Didier Deschamps, through negligence, created and allowed tensions to swell and therefore failed to respond to his first mission, to protect the collective. He betrayed himself, trying to buy the peace of the locker room through small arrangements.

The criticism of authoritarianism can also be applied to two other coaches of this Euro who have experienced failure. Fernando Santos, coach of Portugal, who after offering the first major title to Portugal in 2016, enjoyed a victorious aura allowing him to impose his choices without dispute while the level of play displayed by his team. Given the many talents at his disposal, he was more than alarming. Joachim Löw, boss of the Mannschaft, like his counterpart Deschamps, also wanted to compose without a leader and surround himself only with moldable talents. Realizing too late that he needed this experience and these strong characters he called back Müller and Hummels, in the last minute.

Perhaps it is the weight of time, (ten years at the head of Les Bleus) or perhaps it is the difficulty of managing this new ultra individualistic generation embodied by Mbappé. In any case, for the first time in his history someone who does an hour of plank every morning is found to be tired. Perhaps it is time for Commander-in-Chief Deschamps and his two European colleagues to relinquish power.